La conscience (1)

Le champ de prédilection du conscient est l’avenir, or, pour pouvoir se montrer efficace dans le moment présent tout en regardant vers l’horizon, il ne faut surtout pas qu’il s’embarrasse du passé. Que faire de ce passé, Que faire de cette blessure ? La peau elle-même n’aime pas se souvenir, elle s’oblige à effacer les traces de toutes plaies. Le conscient se « plaît » également à oublier le problème qu’il a résolu et comment fait-il ? Sans doute y a t-il un programme qui s’exécute automatiquement devant la somme de choses à traiter en un temps si court, un programme de service qui trie les éléments selon des critères simples : « cette information n’est pas capitale, allez hop ! Direction inconscient ! », ou encore : « cet événement m’apporte une gène ou une douleur et je ne peux ou ne sais la régler maintenant, allez hop ! ». Combien d’informations retient-il, ce bon conscient ? Sur mille petits objets observés, combien va t-il en conserver près de lui ? Très peu je pense… Le conscient est un tout petit radeau flottant à la surface de l’océan de l’inconscient, mais parfois une vague vient le submerger, déposant dans son passage quelques affaires écartées par le petit programme servile et l’agitation apparaît sur le petit esquif. A son bord, le ou les embarqués ne chercheront qu’une seule chose : rejeter le plus vite possible à la mer ce que l’océan leur a rapporté.

 

 

Civilisation

Certains éléments, comme les pyramides que l’on retrouve sur tous les continents, semblent prouver l’existence  d’une autre civilisation avancée, bien avant la nôtre. Qu’en penses-tu ?

Non, il n’y a pas eu de civilisations très  avancées dans le sens que j’entends.

Avancée techniquement, comme la notre, vulgaire et arrogante.

Cela est possible, mais ne représente aucun intérêt. On ne peut pas parler de civilisations avancées en termes de conscience, on en parlerait en termes d’espèce dans ce cas.

Une civilisation peut être positionnée par rapport à une autre en affaire de technologie, mais pas de conscience.

Car une civilisation est, par essence, ce qui n’est pas évolué en « matière » de conscience.

Ce « moi » oui suite de « ce je »

Jamais nous ne parlons de nous-mêmes, seulement nous le croyons, ou faisons semblant de le croire.

Il y a toujours une facette de nous-mêmes qui parle, le « moi » est un monstre à mille bouches.

Comment voudrait-on qu’elles parlent toutes dans la même langue ?

Ce « nous » ne parle que de la personne, pas de l’être. Il n’existe pas de pronom pour l’être, l’être n’en a pas besoin puisqu’il s’exprime par la chair, seulement la chair.

 

Ce « je » (ou suite de l’ennui)

Ce « je »  qui peut libérer le temps… Ce n’est pas de ta volonté, mais c’est de ton pouvoir, n’est-ce pas ?

Le raisonnement par le « je »… il est évident que le « je » ne saurait ni savoir, ni pouvoir, le « je » ne sait qu’être dupe.

Le pronom peut être employé dans les deux cas, c’est là que se pose la difficulté d’interprétation, à chaque fois que je prononce ce pronom « je ». On est dans l’obligation de se demander de quel « je » est-ce que je parle.

Si je parle de ma personne, donc de moi en tant que sujet, je parle de celui qui est dupé en permanence. Mais n’oublions pas que dans mon cas, la personne ou le sujet sait non seulement qu’il est dupé, mais le voit en temps réel. Par conséquent, ce sujet est capable de prononcer le terme « je » tout en ne parlant pas de lui-même.

L’ennui (ou l’instant)

Je ne pense pas que tu puisses t’ennuyer, pas tant parce que tu as beaucoup de choses à faire, mais parce que l’ennui est lié à la perception que l’on a du temps.

N’es-tu pas prisonnier du temps ?

 

C’est lui qui est mon prisonnier, mais souvent je le libère, je ne pense pas que l’ennui soit lié à une perception quelconque du temps, je pense que l’ennui vient de nos désirs de projets ou de notre difficulté à concevoir des projets, libère-toi de l’horizon à atteindre et tu te libéreras de tout ennui.

Souffrance ?

Parce que toute souffrance nous est représentative et plus. Nous nous identifions à nos souffrances et nous nous revendiquons par elles, puisqu’elles sont d’après ce que nous croyons, l’expression de notre sensibilité ou de notre état. La souffrance n’est pas autant qu’on le pense régulièrement ce qui nous perturbe. Un trop de souffrances peut nous perturber un temps, mais le fonctionnement de notre psychisme finira par l’intégrer, un homme qui a perdu ses bras ou ses jambes finira par se « comprendre » et s’amalgamer à cette nouvelle condition. Ainsi, lorsque nous voyons un homme sans bras, ou sans jambe, nous pensons et le nommons en fonction de cette apparence, et cela même si nous nous efforçons de ne pas le faire directement par délicatesse, en notre esprit, il se pense : le cul-de-jatte ou le manchot.

« La souffrance n’est pas autant qu’on le pense régulièrement ce qui nous perturbe », alors qu’est-ce qui est plus perturbant que la souffrance ?

Ne pas ressentir suffisamment nous perturbe bien plus. Tant que nous sommes capables d’éprouver, c’est que nous sommes en vie et surtout, un sujet vivant de qualité.

Une liberté (2)

Je l’avais derrière les yeux cette marionnette pendue à une croix. Je pouvais voir que chacun de ses mouvements était dirigé par les mouvements de la main qui la tenait.

Mais, la liberté pour cette marionnette serait de couper ses fils, c’est impossible ! Aucune marionnette ne se meut d’elle-même, si on la libère des fils qui la portent, elle s’écrase sur le sol et devient inerte !

Joignant le geste à la parole, je ramassai une pierre ronde et la jetai contre la paroi du rocher noir. Elle vint heurter une grosse pierre, à cinq mètres de nous, sur laquelle elle rebondit avec force et alla se ficher dans un trou à deux mètres du sol. Sa loge n’était pas beaucoup plus grande que la pierre qui s’y blottit tel un œuf dans son nid.

Épaté, je tournai les yeux vers mon compagnon, il était immobile, fixant ma pierre ou le trou, peut-être les deux en même temps. Pendant trente secondes je ne fis que cela, faire voyager mon regard de ma pierre aux yeux du vieil homme.

Tu peux recommencer ce tir ? me demanda-t-il.

Quoi ? Vous voulez que je réessaye de lancer la pierre dans le trou en la faisant ricocher ? C’est impossible ! Lui criai-je en m’esclaffant.

Tu as certainement raison, il n’y a peut-être qu’une chance sur un million que tu y parviennes à nouveau. Et pourtant, sans pensée ni but, tu as réussi à faire quelque chose de tout à fait impossible. C’est de cette liberté là dont je voulais parler. Qui n’est pas liberté de penser, mais liberté d’agir sans encombrement. Dans l’instant où nous parlions de la « liberté », quelque chose de « toi » s’offrit cette liberté si précieuse. Sans que rien ne l’annonce. Nous sommes restés suspendus des poignées de secondes au-dessus du vide. Car la vraie liberté crée du vide en aspirant tout le superflu. Sais-tu combien de fois par jour cette occasion d’accomplir des actes de haute portée par leur qualité incommensurable nous est offerte ?

Non je n’en sais rien, mais quel intérêt représente un acte que la volonté ne peut concevoir ?

Voilà bien une question qui ne peut séduire que l’ego…Tu viens d’ajouter au monde un geste que tu es incapable de reproduire, incapable de comprendre et personne d’ailleurs ne le pourrait. Tu ne te demandes pas comment cela fut possible ?