Les leçons d’équitation

L’homme : – Que vais-je pouvoir t’apprendre aujourd’hui mon cher cheval, veux-tu bien travailler avec moi ?

Le cheval : – Ah ? Veux-tu m’enseigner la sensibilité, l’écoute, la psychologie, l’agilité ? Je sais cela mieux que toi bonhomme !

L’homme : – Mais non, tu ne sais pas ! Grâce à mes leçons tu vas découvrir des figures auxquelles tu n’as jamais pensé jusqu’à présent. Tiens, sais-tu saluer comme on saluait les rois jadis. ?

Le cheval : – Oh toi et ton « art équestre », tu commences à me râper les ongles, tu prétends toujours avoir quelque chose à me montrer, je dois évoluer, changer, devenir meilleur, mais jamais tu ne te remets en question, tu es sûr d’être plus futé que moi avec tes gros livres, bien sûr que je vais changer et plus vite que la nature l’avait voulu pour moi, tu m’uses ! Avec tes pirouettes, et tes figures tu m’uses ! Au début j’étais conciliant et patient, j’espérais te voir réaliser ta suffisance, tout ce que tu veux c’est paraître plus beau, tu rêves d’être magnifique sur mon dos, je ne suis qu’un piédestal pour toi, un promontoire pour que la lumière du jour soit sur toi. Je ne suis que le moyen d’exprimer ton narcissisme.

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La générosité

Conversation avec mon sans-abri préféré.

Bonjour mon sans-abris préféré, les gens vous ont-ils donné généreusement cette semaine ?

Ça n’existe pas la générosité.

Comment ça, l’homme ne sait être généreux, c’est ce que vous voulez dire ?

Il faut casser l’œuf et regarder ce qu’il y a dedans. Qu’est ce qu’il y a derrière la générosité ou qu’est ce qu’il y a avant ? C’est toujours une affaire de pouvoir. Que tu appelles ça empathie, compassion ou pitié ou encore simple générosité, ce sont toujours des actes de pouvoir .

Comment ça des « actes de pouvoir »

C’est comme ce drapeau planté sur la Lune, une occupation d’un espace, une revendication de propriété, un position géométrique verticale qui place le généreux donateur plus haut sur l’échelle où toi, tu vois, t’est tout en bas. Celui qui donne n’est jamais celui qui reçoit, et va pas parler de partage, le partage n’est pas l’aumône, le partage ne divise pas le gâteau en parts pour chacun, non, le partage, le vrai partage multiplie, tu comprends ?

j’essaie, mais OK je ne parlerais pas de partage, revenons à ma question première si tu veux bien.

Ah oui, l’acte de générosité… c’est comme un acte en bourse : c’est à dire qu’on espère toujours que l’action soit rentable, d’une manière ou d’une autre. Même si ce n’est pas de la personne à qui l’on a donné, ça peut être « donnez, donnez, Dieu vous le rendra », ça peut être simplement pour mieux dormir, ça peut être pour des tas et tas de raisons mais c’est toujours une action rentable la générosité. Moi je pose la question : est ce que le don réel existe ? Dégagé de tout espoir de rentabilité, de tout espoir de terrain conquis et d’investissement futur (parce que l’acte symbolique du drapeau sur la lune c’est ça : la lune on est le premier à mettre le pied dessus, un jour ou l’autre elle nous appartiendra et on en fera ce qu’on voudra ! La lune nous appartiendra, c’est ça que ça veut dire. Et alors comme tout le monde s’émeut : on parle d’intelligence humaine, on parle de création, on parle d’espoir, on parle de plein, plein de choses qui ne nous font voir que le bon côté de l’opération (le beau costume du viol). Le don dans la Nature est ce qu’il existe ?

Heu… Je ne sais pas, je ne me suis jamais posé cette question… le sacrifice peut-être ?

Même ton Jésus a donné sa vie pour quelque chose, le sacrifice n’a pas de sens qui ne se fait en échange de rien.

Une forme de mensonge singulière (partie 4)

Nos émanations physiques sont changeantes mais l’animal perçoit celles de l’instant, c’est ça ? L’instant étant ce qui est vrai.

Non, nos émanations physiques sont stables. Ton chien te reconnaît aussi bien lorsque tu es paisible que lorsque tu as peur. Il sait reconnaître, à l’aide de certains stimulus, si tu es paisible ou si tu as peur, mais toi, en tant qu’être, tu n’es pas confondu avec ces signaux car, s’ils passent bien au travers du corps, ils émanent de ton esprit.

Mais quel lien avec le mensonge, puisque l’homme n’est pas en capacité (ou presque pas) de percevoir les émanations physiques ?

C’est un exemple qui montre la façon (et les raisons) dont l’esprit déforme la réalité des choses, à commencer, par son système de penser, par s’éloigner des évidences pour faire en sorte que des chimères prennent leurs places.

Et la raison profonde de cette déformation du système est l’apparition de certains ressentiments ou sentiments, on peut affiner l’expression qui convient le mieux. Le premier de ces ressentiments, produit par un programme installé en raison du développement du « système » et donc pris en charge par les hormones, est le « sentiment de responsabilité ». Nous verrons sans doute plus tard comment il fut plus facile d’utiliser les masques plutôt que d’affronter ces « nouveaux programmes » qui ont contribué, à la première place, à l’édification de notre espèce du point de vue mental. Toutes les morales sont bâties sur ces processus hormonaux.

Le sentiment de responsabilité est un ressentiment ? C’est cela que tu dis ?

(Sourire), je dis que je pourrais utiliser plusieurs termes sans savoir lequel convient le mieux. C’est un sentiment quand c’est de l’instinct, et c’est un ressentiment lorsqu’on se sent mal à l’aise avec la responsabilité, ou parce que l’on ne veut pas être tenu responsable, ou parce l’on ne veut pas se sentir soi-même responsable. Un tiers des mensonges fabriqués dans « l’usine mentale » a pour origine une forme de malaise avec la question de la responsabilité. Il est clair, par exemple, que nous détruisons la planète en raison de quelque chose qui cloche avec ce sentiment ou ressentiment dont je parle.

Une forme de mensonge singulière (partie 3)

 

Donc le danger est intérieur.

Oui, multiplication des masques intérieurs, confusion identitaire, mentale qui semble fonctionner sans notre participation volontaire ou avec parfois. Le second piège consiste à considérer que ce qui se pense en nous, c’est bien un « soi » identifié qui le pense.

Il ne nous paraît pas intéressant de se pencher sur la question, pourquoi ?

Parce que nous nous trouvons chaque fois devant le trouble que produisent les masques en nous. Se trouver devant un masque, même dans un bal masqué, c’est inquiétant, mais lorsque c’est dans notre crâne que le masque se présente, et qu’un autre, nouveau, apparaît lorsqu’on veut bien faire tomber le premier, c’est encore plus inquiétant.

Le masque, quel rôle joue-t-il dans le processus émotion/hormone ?

Le masque accompagne l’expression de l’hormone. Chaque émotion est vue comme une émanation de soi-même, alors qu’elle est l’expression d’un masque. Le masque est une pseudo identité de nous-mêmes dans un moment, ensuite il ou elle (selon que l’on parle du masque ou de l’émotion) laisse sa place à un autre masque, une autre émotion et une autre impression de notre identité.

Le fait est qu’il ne peut y avoir d’identité par le mental, notre identité est physique et seulement physique, mais nous ne voulons pas que ce ne soit qu’ainsi. Ce qui nous importe le plus c’est de rendre « vrai » notre projection mentale instable. Pour ne pas voir l’évidence de son instabilité, nous commençons à mentir, car nous ne pouvons accepter que notre moi soit quelque chose d’instable et d’indéfinissable.

Un animal nous reconnaît à nos émanations physiques, ce sont ces
émanations qui sont nos papiers d’identité pour tout animal. Lorsque nous changeons d’humeur, lorsque des idées de toutes sortes traversent notre tête, il fait la différence entre une intention présente, de l’instant, et ne remet pas en questions ce que ses sens lui renseignent de notre identité.

 

Une forme de mensonge singulière (partie 2)

Que la vérité soit une nuisance pour le menteur, c’est logique.

Oui mais l’esprit est menteur par déformation.

La déformation, est-ce un premier mensonge qui en entraîne d’autres ?

Essayons de traiter la question du point de vue des émotions et des hormones. Le réflexe de mentir siège dans les instincts de survie, mentir pour survivre. La déformation arrive ensuite lorsque les émotions nous feront mentir en toutes circonstances et même à notre insu, parce qu’elles vont « considérer » (pas elles directement mais les programmes) que tout instant de relation présente un péril pour la vie. Dans notre cerveau qui connaît l’inflation (au moment de notre évolution de l’animal à l’humain) mentale et charnelle, tout instant est instant de relation puisque notre « système à penser » se développe sur le mode conversationnel en soi-même, penser, c’est être deux, du-moins au premier temps, puis bien plus ensuite.

Une forme de mensonge singulère (partie 1)

Quels autres pièges la personne qui entrerait dans ce travail sur les émotions va-t-elle rencontrer ?

Donc, la peur de l’ennui en est le premier, le second est la peur de la vérité.

Tu as dit que la vérité est ennui et que le mensonge est plaisir, la vérité fait-elle peur pour d’autres raisons ?

Je n’aurais pas dû le dire comme ça, ça va trop vite, les raisons d’avoir peur de la vérité sont plus complexes, plus « riches ». C’est un ennui mais c’est un autre sens du terme, le sens premier peut-être en fait, produire des ennuis à quelqu’un ou à soi, c’est nuire, porter nuisance. La vérité et sa quête sont ressenties comme une nuisance. Si notre esprit travaillait à la recherche de la vérité, cela porterait nuisance à nos masques et aux masques que nous faisons porter aux autres et à toutes les choses généralement. Nous adorons les masques, depuis la naissance de notre espèce, nous préférons les chimères, les légendes, les histoires folles et les contre-sens à la vérité.