Souffrance ?

Parce que toute souffrance nous est représentative et plus. Nous nous identifions à nos souffrances et nous nous revendiquons par elles, puisqu’elles sont d’après ce que nous croyons, l’expression de notre sensibilité ou de notre état. La souffrance n’est pas autant qu’on le pense régulièrement ce qui nous perturbe. Un trop de souffrances peut nous perturber un temps, mais le fonctionnement de notre psychisme finira par l’intégrer, un homme qui a perdu ses bras ou ses jambes finira par se « comprendre » et s’amalgamer à cette nouvelle condition. Ainsi, lorsque nous voyons un homme sans bras, ou sans jambe, nous pensons et le nommons en fonction de cette apparence, et cela même si nous nous efforçons de ne pas le faire directement par délicatesse, en notre esprit, il se pense : le cul-de-jatte ou le manchot.

« La souffrance n’est pas autant qu’on le pense régulièrement ce qui nous perturbe », alors qu’est-ce qui est plus perturbant que la souffrance ?

Ne pas ressentir suffisamment nous perturbe bien plus. Tant que nous sommes capables d’éprouver, c’est que nous sommes en vie et surtout, un sujet vivant de qualité.

Une liberté (2)

Je l’avais derrière les yeux cette marionnette pendue à une croix. Je pouvais voir que chacun de ses mouvements était dirigé par les mouvements de la main qui la tenait.

Mais, la liberté pour cette marionnette serait de couper ses fils, c’est impossible ! Aucune marionnette ne se meut d’elle-même, si on la libère des fils qui la portent, elle s’écrase sur le sol et devient inerte !

Joignant le geste à la parole, je ramassai une pierre ronde et la jetai contre la paroi du rocher noir. Elle vint heurter une grosse pierre, à cinq mètres de nous, sur laquelle elle rebondit avec force et alla se ficher dans un trou à deux mètres du sol. Sa loge n’était pas beaucoup plus grande que la pierre qui s’y blottit tel un œuf dans son nid.

Épaté, je tournai les yeux vers mon compagnon, il était immobile, fixant ma pierre ou le trou, peut-être les deux en même temps. Pendant trente secondes je ne fis que cela, faire voyager mon regard de ma pierre aux yeux du vieil homme.

Tu peux recommencer ce tir ? me demanda-t-il.

Quoi ? Vous voulez que je réessaye de lancer la pierre dans le trou en la faisant ricocher ? C’est impossible ! Lui criai-je en m’esclaffant.

Tu as certainement raison, il n’y a peut-être qu’une chance sur un million que tu y parviennes à nouveau. Et pourtant, sans pensée ni but, tu as réussi à faire quelque chose de tout à fait impossible. C’est de cette liberté là dont je voulais parler. Qui n’est pas liberté de penser, mais liberté d’agir sans encombrement. Dans l’instant où nous parlions de la « liberté », quelque chose de « toi » s’offrit cette liberté si précieuse. Sans que rien ne l’annonce. Nous sommes restés suspendus des poignées de secondes au-dessus du vide. Car la vraie liberté crée du vide en aspirant tout le superflu. Sais-tu combien de fois par jour cette occasion d’accomplir des actes de haute portée par leur qualité incommensurable nous est offerte ?

Non je n’en sais rien, mais quel intérêt représente un acte que la volonté ne peut concevoir ?

Voilà bien une question qui ne peut séduire que l’ego…Tu viens d’ajouter au monde un geste que tu es incapable de reproduire, incapable de comprendre et personne d’ailleurs ne le pourrait. Tu ne te demandes pas comment cela fut possible ?

Vers où? (1)

Pouvons-nous espérer voir quelque chose de profond changer dans l’humanité ?

L’espèce humaine suit un chemin évolutif très différent de celui des autres espèces.

La comparaison ne pourra pas être menée très loin, l’homme occupe une place très particulière, sans doute celle de porter l’évolution de son monde dans sa globalité.

L’intention d’évolution n’émane pas de l’espèce, la faculté de transcender les lois de la nature est ce qui semble à sa portée, mais nous l’avons déduit, rien ne permet d’en être certain. C’est ce que j’appelais, une « espérance ».

Certains d’entre nous pensent que quelque chose cloche dans ce monde, en fait, nous parlons du comportement de l’être humain, et nous ne comprenons pas quel autre comportement il pourrait bien adopter dans un monde qui se montre en tout lieu et tout instant, un monde violent.

Les personnes qui mènent une réflexion sur leur vie et qui finissent par considérer qu’elles marchent sur un chemin de « spiritualité » cherchent toutes le même but : se transformer afin de transformer leur monde, et nous serons bien d’accord – je le crois- pour nommer ce que nous espérons vouloir changer, je veux parler de la violence.

La vie sur cette planète est le fruit d’une organisation de la violence

Comment changer un monde et ses lois ?

Si nous pensons qu’un champ de conscience plus large peut changer le monde, comment et sur quoi porterait ce changement ?

Cela consisterait-il seulement à voir mieux ? Ou cela représenterait-il un moyen de nous mieux parler, de nous mieux soigner, etc. ?

Je pose la question, à quoi servirait un élargissement de la « conscience » ?

– Tout le monde te répondra innocemment : « Mais plus de paix ! ».

– Or, la paix est de la violence qui se repose…

Une liberté (1)

La liberté, cher ami, ce n’est pas seulement pouvoir disposer de son temps selon son gré. Ni pouvoir jouir d’un espace illimité pour se déplacer.

Oh, je sais bien de quoi vous parlez ! De la liberté de penser !

Il me fixa attentivement, comme pour voir à quel point je réalisais le sens de mes mots, puis il sourit avec tendresse.

Dans le monde de la pensée, il n’y a pas de possibilité pour la liberté. Toutes celles qui sont dans nos têtes nous sont prêtées. Les pensées sont comme des jouets dans la salle d’attente d’un pédiatre, nous oublions un moment qu’elles ne sont pas à nous, et quelque fois, nous mettons un de ces objets dans notre poche. Nous l’emmenons chez nous, puis avec le temps, nous finissons par oublier notre larcin, nous sommes sûrs qu’il nous a toujours appartenu. Le plus souvent c’est quelqu’un d’autre qui nous le glisse dans la poche à notre insu. Les objets s’entassent ainsi dans notre coffre, plus il est rempli et plus on se sent puissant, riche. Ensuite, nous manipulons ces jouets. Tantôt dans un ordre pour construire un pont, une maison, lancer une bataille, et cætera. Et tantôt nous démontons tout pour installer un nouveau décor, une autre aventure. Nous gesticulons, pendus à des fils. Avec un énorme sentiment de liberté. Parce que nous ne les voyons pas ces fils, nous ne savons pas que nous sommes des marionnettes.

À suivre…

Résignation

— Parles-moi de la résignation.

— Regarde dans l’œil du buffle qui ne peux plus respirer sous l’étreinte des dents du lion qui serrent sa gorge, il y a un temps où il se défend, se débat et cherche une solution. Et puis il y a un temps où il sait qu’il ne peut plus y avoir de solutions, que son heure est venue, qu’il doit passer de l’autre côté, cela est la résignation.

Regarde encore dans l’œil du buffle lorsqu’il broute au milieu de ses congénères, tout semble paisible, mais non, rien n’est paisible, même lorsque les lions sont loin de lui, qu’ils digèrent à l’abri de la chaleur un autre repas, il lève la tête toutes les dix secondes, la bouche pleine de cette herbe maigre et sèche, oui, toutes les dix secondes il s’attend à ce que la mort frappe, lui ou un de ses proches, c’est cela sa vie de buffle, il le sait depuis le moment de sa naissance, il le sait et il l’accepte. Cela est l’acceptation.

Le code (1)

– Parles-moi du code Sri Ronhillo, de ton code, tu sembles ne rien faire qui échappe aux règles de ton code, à quoi donc te sert ce code, ou d’une manière générale à quoi peut donc servir un code ?

– Tu as raison, le code régit mes sentiments autant que mes pensées et par conséquent mes actes, qui découlent nécessairement des deux premiers.

– Donnes-moi un exemple s’il te plaît…

– Et bien, lorsque tu me parles ou me pose des questions, je t’écoute et une hiérarchie dans l’ordre des démarches imposé par le code va s’appliquer à ton propos. Par exemple, la première réaction des gens, en général, consiste à déchiffrer le propos lui-même afin de s’orienter vers une réflexion et une réponse, mon code lui, me demandera de vérifier si la personne qui s’exprime sait clairement ce qu’elle veut dire, la seconde opération, dans le cas où la vérification confirme bien que, oui, elle sait clairement ce qu’elle veut dire, sera de vérifier à nouveau si la personne est parvenue à faire les bons choix dans les termes utilisés pour exprimer ce qu’elle savait vouloir dire. La troisième opération cherchera si un accord est possible entre la personne et moi-même quant à la définition des mots et des valeurs utilisées. En règle générale, il est rare que l’échange se poursuive au-delà de cette dernière opération tant la tâche est ardue et nécessite beaucoup de temps, mais si l’on peut parvenir à un consensus, la quatrième opération pourra alors commencer, il s’agira de répondre correctement à la question posée ou au propos énoncé. Note bien que la plupart des gens commencent directement par l’opération que mon code place hiérarchiquement en dernière position.

À SUIVRE….

Dans le silence (2)

– Le silence n’intervient pas dans les déplacements de la conscience, au contraire, il intervient pour maintenir la conscience en un lieu. Le silence ne possède pas d’énergie en lui-même, déplacer la conscience nécessite de l’énergie et cette énergie utilisée lors des déplacements est puisée directement dans les hormones qui sont elles-mêmes produites à partir des émotions. C’est pourquoi si le travail sur les émotions n’est pas accompli la conscience reste prisonnière des habitudes, des conditionnements, de la génétique, des croyances, des peurs, des cultures et la liste continue.